26 novembre 2007

Maupassant, Qui sait?

4ème 1 – Année scolaire 2007-2008

Séquence 2 : caractériser le récit fantastique pour rédiger une nouvelle fantastique.

Les thèmes du fantastique : les objets ensorcelés

MAUPASSANT

QUI SAIT ?

Désormais dans une maison de santé, le narrateur raconte l’événement qui a fait basculer sa vie : un soir, après une représentation théâtrale, il rentrait chez lui…

Je le distinguais à travers le mur, ce bruit continu, plutôt une agitation qu’un bruit, un remuement vague d’un tas de choses, comme si on eût secoué, déplacé, traîné doucement tous mes meubles.

Oh ! je doutai, pendant un temps assez long encore, de la sûreté de mon oreille. Mais l’ayant collée contre un auvent pour mieux percevoir ce trouble étrange de mon logis, je demeurai convaincu, certain, qu’il se passait chez moi quelque chose d’anormal et d’incompréhensible. Je n’avais pas peur, mais j’étais…comment exprimer cela…effaré d’étonnement. Je n’armai pas mon revolver – devinant fort bien que je n’en avais nul besoin. J’attendis.

J’attendis longtemps, ne pouvant me décider à rien, l’esprit lucide, mais follement anxieux. J’attendis, debout, écoutant toujours le bruit qui grandissait, qui prenait, par moments, une intensité violente, qui semblait devenir un grondement d’impatience, de colère, d’émeute mystérieuse.

Puis soudain, honteux de ma lâcheté, je saisis mon trousseau de clefs, je choisis celle qu’il me fallait, je l’enfonçai dans la serrure, je la fis tourner deux fois, et poussant la porte de toute ma force, j’envoyai le battant heurter la cloison.

Le coup sonna comme une détonation de fusil, et voilà qu’à ce bruit d’explosion répondit, du haut en bas de ma demeure, un formidable tumulte. Ce fut si subit, si terrible, si assourdissant que je reculai de quelques pas, et que, bien que le sentant toujours inutile, je tirai de sa gaine mon revolver.

J’attendis encore, oh ! peu de temps. Je distinguais à présent un extraordinaire piétinement sur les marches de mon escalier, sur les parquets, sur les tapis, un piétinement non pas de chaussures, de souliers humains, mais de béquilles, de béquilles de bois et de béquilles de fer qui vibraient comme des cymbales. Et voilà que j’aperçus tout à coup, sur le seuil de ma porte, un fauteuil, mon grand fauteuil de lecture, qui sortait en se dandinant. Il s’en alla par le jardin. D’autres le suivaient, ceux de mon salon, puis les canapés bas se traînant comme des crocodiles sur leurs courtes pattes, puis toutes mes chaises, avec des bonds de chèvres, et les petits tabourets qui trottaient comme des lapins.

Oh ! quelle émotion ! Je me glissai dans un massif où je demeurai accroupi, contemplant toujours ce défilé de mes meubles, car ils s’en allaient tous, l’un derrière l’autre, vite ou lentement, selon leur taille et leur poids. Mon piano, mon grand piano à queue, passa avec un galop de cheval emporté et un murmure de musique dans le flanc, les moindres objets glissaient sur le sable comme des fourmis, les brosses, les cristaux, les coupes, où le clair de lune accrochait des phosphorescences de vers luisants. Les étoffes rampaient, s’étalaient en flaques à la façon des pieuvres de la mer.

1.      A quelle personne le texte est-il rédigé ?

2.      Qui est le protagoniste ? Que peut apporter au récit fantastique ce choix de narrateur et de point de vue ?

3.      Où et quand se déroule la scène ?

4.      Quel est le connecteur temporel qui indique une rupture ?

5.      Quelles sont les émotions éprouvées par le lecteur ?

6.      Quel est le sens qui est le plus sollicité ?

7.      A quoi les objets sont-ils comparés ? Relevez les comparaisons et les métaphores et expliquez-les.

8.      A votre avis, y a-t-il une explication rationnelle à tout ce qui vient de se passer ?

Posté par Professeur L à 20:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Maupassant, Qui sait?

Nouveau commentaire